ROMAINS ÉPÎTRE AUX
La plus longue des lettres de l’Apôtre, l’Épître aux Romains a été classée pour cette raison en tête du corpus paulinien. L’occasion et les raisons de sa rédaction sont précisées en XV, 14-33. Paul en a fini avec sa mission dans la partie orientale du monde connu et il veut aller en Occident, particulièrement en Espagne, en passant par Rome, où il n’est jamais allé. Sa lettre doit préparer sa visite; c’est là le prétexte à un long exposé doctrinal où l’on retrouve les traits fondamentaux de l’«évangile» de Paul, ceux qui manifestent le thème essentiel longuement médité par lui jusque-là: le salut de Dieu, offert par l’Évangile, d’abord aux juifs, puis aux païens; salut qui est la force divine, nécessaire et proposée à tous. (L’Église de Rome était le fruit du travail missionnaire d’un autre; elle était composée d’une majorité de chrétiens venus du paganisme, «auxquels l’épître est adressée en premier lieu», et d’une minorité de judéo-chrétiens.) Paul a écrit l’Épître aux Romains au début de l’année 58, probablement à Corinthe: il nomme en effet, comme étant avec lui, Caïus et Éraste, dont parle I Corinthiens, I, 14.
L’Épître aux Romains peut se diviser en quatre parties. La première comprend l’adresse et une action de grâces (I, 8-15); la deuxième est réservée à un enseignement dogmatique sur le salut par la foi (I, 16-XI, 35) et comporte deux sections parallèles (I-IV, la justification; V-XI, le salut); la troisième partie, parénétique, porte sur la justice de Dieu dans la vie chrétienne (XII, 1-XV, 13); la conclusion comprend un épilogue (XV, 14-XVI, 23) et une doxologie (XVI, 24-27).
L’authenticité de l’Épître aux Romains est admise par tous. En revanche, son intégrité n’est pas aussi nette: un problème persiste à propos des chapitres XV et XVI, et plus spécialement de la doxologie. Dans certains manuscrits anciens, cette dernière (omise notamment par Marcion et saint Éphrem) se trouve après XVI, 24; en d’autres, après XIV, 23; ou encore après XV, 33. De plus, si l’on en croit un système latin de têtes de chapitres (capitula), une recension courte de la lettre semble avoir circulé qui omettait les chapitres XV et XVI: selon Origène, elle serait due à Marcion. Le chapitre XVI à lui seul soulève des difficultés en raison des nombreux amis que Paul mentionne et dit avoir dans cette ville de Rome où il ne s’est jamais rendu. Cependant, les arguments qui s’opposent à l’authenticité de ces divers passages sont compensés par d’autres arguments favorables à celle-ci: la plupart des spécialistes adoptent donc une position nuancée.
L’Épître aux Romains a joué un rôle exceptionnel dans l’histoire de la pensée chrétienne. Dès l’époque patristique, elle fut le texte de saint Paul le plus souvent et le plus longuement commenté. Et c’est en elle que la théologie a surtout puisé pour étayer les dogmes fondamentaux, notamment ceux de la justification, du péché originel, du baptême. Elle exerça une influence capitale sur l’œuvre des chefs de la Réforme, Luther et Calvin, pour lesquels elle fut une véritable charte fondatrice; et c’est l’interprétation de certains de ses passages qui, d’une façon soutenue, désigna et entretint la limite doctrinale essentielle entre protestants et catholiques. Aussi, la publication de sa version française, en 1967, dans le premier fascicule de la Traduction œcuménique de la Bible, fut-elle saluée comme un événement particulièrement significatif du rapprochement entre les uns et les autres.

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