PIERRE ÉPÎTRES DE
Dans le Nouveau Testament, deux textes revendiquent le nom de Pierre comme celui de leur auteur, la première Épître de Pierre et la seconde Épître de Pierre. L’une et l’autre présentent des caractères très particuliers.
La première Épître de Pierre est plutôt une homélie habillée en lettre afin d’avoir les prétentions d’une véritable encyclique. Écrite à Rome, elle était destinée à des païens convertis appartenant à cinq régions d’Asie Mineure. L’Épître elle-même (I, 1; V, 1-2) ainsi que la tradition patristique (Irénée et Tertullien, entre autres) et l’enseignement ecclésiastique postérieur ont reconnu son origine pétrinienne. Bien des arguments internes font encore pencher beaucoup d’exégètes en faveur de cette opinion. Cependant, des difficultés sérieuses s’y opposent: le grec dans lequel ce document est écrit est excellent et sa pensée originale est nettement grecque (alors que Pierre était un pêcheur galiléen); l’Ancien Testament y est cité d’après le texte grec de la version des Septante (la langue maternelle de Pierre était l’araméen); de plus, la parenté de ce texte avec certaines Épîtres de Paul (Éphésiens, Colossiens) est indiscutable. On peut opter pour l’hypothèse d’un écrit rédigé dans l’entourage de Pierre ou, peut-être, par l’un de ses proches collaborateurs: le rôle de Silvain (V, 12) pourrait expliquer bien des choses. La date de composition est difficile à préciser. L’absence de toute allusion à une persécution violente contre les chrétiens fait choisir une date antérieure à la date traditionnelle du martyre de Pierre (en 64, sous la persécution de Néron). Notons cependant que bien des critiques considèrent la première Épître de Pierre comme étant apocryphe et la datent de l’époque du règne de Domitien (81-96) ou même de Trajan (98-117). On retiendra surtout du contenu de cette lettre: l’exhortation à vivre saintement dans la charité et l’amour du Christ (I, 13-II, 10); des directives sur les rapports sociaux des chrétiens entre eux et avec les païens (II, 11-III, 12); une invitation à imiter le Christ dans la souffrance (III, 13-IV, 11); le constat de la fonction nécessaire de la souffrance dans l’expérience chrétienne (IV, 12-18). L’ensemble du document est très nettement parénétique. L’adresse (I, 1-2) et la conclusion (V, 12-14) lui donnent l’allure d’une lettre.
La seconde Épître de Pierre ne bénéficie, pour son authenticité, que de témoignages très faibles, et seulement à partir du IIIe siècle (Origène). Aujourd’hui, cette authenticité est suspectée même par les exégètes catholiques. Les différences de cette lettre avec la première Épître de Pierre sont grandes, tant du point de vue littéraire que du point de vue doctrinal. Sa ressemblance avec l’Épître de Jude, par contre, est frappante. On peut relever entre ces deux lettres des passages substantiellement parallèles (par exemple, IIe Épître de Pierre, II, 1-III, 4 et de Jude 4-28) et la structure des deux écrits est la même. On peut admettre avec beaucoup de critiques que l’Épître de Jude est la source de la seconde lettre dite de Pierre, qui lui a imposé certaines retouches (suppression des citations d’apocryphes tels que le Livre d’Hénoch et l’Assomption de Moïse). Ici encore, il semble qu’il s’agisse d’une homélie revêtue des atours épistolaires à l’aide d’une adresse, d’une conclusion et de quelques traits plus personnels. Aucun passage ne permet de soupçonner quels en furent les destinataires.
La seconde Épître de Pierre a été écrite à une époque où les lettres de saint Paul, en partie du moins, étaient déjà rassemblées en recueil (III, 15-16). S’ajoutant au fait que l’Épître de Jude paraît antérieure et à bien d’autres indices, cet argument conduirait à dater cet écrit, bien entendu pseudonymique, des années 80-90.
Les points majeurs de la lettre sont les suivants: exhortations à mener une vie chrétienne authentique en vue de la parousie du Christ (I, 13-21); mises en garde contre les faux docteurs et les apostats (II, 1-22) et contre ceux qui doutent du retour du Christ (III, 1-16). Tandis que, dans la première Épître de Pierre, le Christ était un modèle pour tous les chrétiens, dans la seconde, il n’est que l’objet de leur foi: la christologie n’y est donc plus le thème dominant.

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