PHILIPPIENS ÉPÎTRE AUX
Une des lettres de saint Paul, dites «de la captivité». On pensait jadis que l’Épître aux Philippiens datait de la captivité de l’apôtre à Rome, vers 62/63 (cf. Actes, XXVIII, 16 et suiv.); on plaide aujourd’hui pour la captivité à Éphèse, vers 56/57, et l’on regarde l’écrit comme étant contemporain des Épîtres aux Corinthiens. Paul était très lié à l’Église de Philippes (colonie romaine depuis T 42 et première cité européenne où il prêcha l’Évangile), Église qui l’assista pécuniairement dans ses missions. Les Juifs étaient peu nombreux à Philippes et la communauté chrétienne y était composée essentiellement de païens convertis. Paul s’y était rendu lors de son second voyage missionnaire (49/50) et y revint en 57/58.
Paul a confié sa lettre, la plus cordiale de toutes, à Épaphrodite, notable qui avait été envoyé auprès de lui par les chrétiens de Philippes avec des secours financiers. Tombé malade près de l’apôtre prisonnier, Épaphrodite est néanmoins chargé par celui-ci de retourner chez ses compatriotes inquiets, porteur du message paulinien.
Si l’on n’a jamais mis en doute l’authenticité de l’Épître aux Philippiens, on a, par contre, suspecté son unité. Certains y voient l’amalgame de plusieurs billets; d’autres parlent d’une collection de lettres. Une rupture évidente se repère entre III, 1 et III, 2, ce qui fait pencher d’aucuns pour l’assemblage d’une lettre de remerciements (I, 1 à III, 1 et IV, 10-23) et d’une lettre de mise en garde contre les judaïsants (III, 1 à IV, 9). Néanmoins, on doit relever que le thème de la joie se manifeste tout au long de la lettre, dont les discontinuités peuvent s’expliquer aussi par l’intervention des secrétaires de Paul et par la manière particulière dont ce dernier faisait ses citations.
Une hymne fameuse (II, 6-11) a toujours retenu l’attention des exégètes. Probablement s’agit-il d’une pièce liturgique fort ancienne (avec l’affirmation poétique de la préexistence du Christ à la Création, sa présentation sous les traits du Serviteur souffrant d’Isaïe et son exaltation glorieuse évocatrice de la figure du Fils de l’homme) que Paul a pu retoucher en l’intégrant dans sa lettre.
Paul écrit à une Église qui lui est restée fidèle: c’est l’objet de sa joie. Cependant, il en connaît les difficultés internes et même les dissensions: aussi lui adresse-t-il des appels à la charité fraternelle. Il la met aussi en garde, vigoureusement, contre les membres d’un groupe désignés comme de «mauvais ouvriers» (III, 2): Juifs ou chrétiens judaïsants qui menaçaient probablement l’Église de Philippes de l’extérieur. Il peut s’agir là de la prévention d’un danger réel encore lointain.

___________________________________
© 2001 Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.