PHILÉMON ÉPÎTRE À
La plus brève des lettres attribuées à saint Paul; ce qui lui valut, étant donné le critère de hiérarchisation des écrits pauliniens qui est la longueur, d’être classée la dernière du corpus. Son authenticité, longtemps discutée, semble aujourd’hui mieux assurée. Cette lettre fut écrite durant la captivité de l’apôtre (versets 1, 9, 10, 13, 23). Mais de quelle captivité s’agit-il? De celle de Rome, de 61 à 63?
Les destinataires sont Philémon, Colossien converti par Paul en personne, mais aussi Apphia sa femme et Archippe son fils; il faut y ajouter l’«Église» réunie dans la maison de Philémon (verset 2). Cette lettre est en somme une œuvre à destination collective.
Elle a pour objet une démarche précise, très frappante dans le contexte social de l’époque. L’esclave de Philémon, Onésime, s’est enfui et a rejoint Paul, qui l’a converti à sa religion et le traite comme un «frère fidèle et très cher». Paul le renvoie à son maître, auquel il demande de l’affranchir et de le considérer à son tour comme un frère.
On peut distinguer quatre parties dans ce texte: une adresse (1-2): comme dans l’Épître aux Colossiens, Timothée est associé à Paul; une action de grâces pour la foi et la charité de Philémon (4-7); une requête de Paul, «vieil homme» prisonnier (8-21); une conclusion, avec l’espérance pour l’apôtre d’être bientôt libéré et de retourner près de Philémon.
On peut voir dans l’Épître à Philémon une sorte de traité paulinien ou évangélique sur l’esclavage, dans la ligne des dispositions de Colossiens (II, 22-IV, 1) et d’Éphésiens (VI, 5-9), autres épîtres dites de la captivité. On y remarque un respect des institutions contemporaines — y compris l’esclavage — et la volonté d’humaniser celui-ci en traitant l’esclave, même coupable, comme un frère (cf. Gal., III, 28). Tout cela s’exprime dans l’élan même de motivations chrétiennes précoces, et néanmoins vives.

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