HÉBREUX ÉPÎTRE AUX
La dernière épître du corpus paulinien, qui, étant donné sa longueur, y est mise à part. Si les Églises d’Orient ont toujours attribuée à Paul l’épître aux Hébreux (Clément d’Alexandrie y voyait cependant l’adaptation grecque d’un original hébraïque et Origène l’œuvre d’un disciple de Paul), l’Occident chrétien, qui l’a citée très tôt (Clément de Rome) sans nom d’auteur, l’a regardée comme non canonique jusqu’au milieu du IVe siècle. C’est sous l’influence orientale qu’elle est entrée dans le canon entre 300 et 400.
Les difficultés internes ne manquent pas non plus pour l’attribution de cette épître à Paul. Contrairement aux habitudes pauliniennes, les développements doctrinaux et moraux s’y entremêlent fréquemment.
La personnalité de l’auteur n’apparaît pas dans l’adresse. Le vocabulaire y est assez particulier (168 hapax néotestamentaires). Selon II, 3, il semble que l’auteur ne soit pas un des apôtres mais un de leurs disciples. Contrairement aux habitudes de Paul, cette épître cite généralement et très fidèlement la version des Septante. Mais surtout, bien qu’elle contienne beaucoup d’idées pauliniennes (le Christ médiateur de la Création, cf. Col., I, 16; son humiliation, cf. Philip., II, 7; son élévation au-dessus des anges, cf. Éphés., I, 20; le rôle de la Passion, cf. Rom., V, 19; l’abrogation de la Loi ancienne, 21-25; l’aspect sacrificiel de la Rédemption, cf. Gal., II, 20 et Éphés., V, 2-25), elle a pour thème central le sacerdoce du Christ, thème absent des écrits pauliniens; inversement, on n’y trouve pas les thèmes principaux qui figurent en ceux-ci.
Quelle que soit la dépendance de l’épître aux Hébreux par rapport à une inspiration paulinienne, plus ou moins directe, on ne peut dire qui en est l’auteur. On a avancé les noms de Luc, de Clément de Rome, d’Étienne, d’Aquila et Priscille (Harnack); beaucoup d’auteurs (de Tertullien à Dibelius) ont cru qu’il s’agissait de Barnabé, mais il semble aujourd’hui que celui-ci soit supplanté par Apollos (Osty et Spicq; c’était déjà la thèse de Luther). Qu’Apollos soit l’auteur de l’épître expliquerait le silence de cette dernière sur l’Esprit saint (conformément aux Actes des Apôtres, XVIII, 25 et XIX, 2-3).
La date de l’écrit dépend naturellement de l’auteur. On oscille sur ce point entre une période qui serait antérieure aux grandes épîtres et la fin du Ier siècle (Clément étant le terminus ad quem). On peut retenir comme plus plausible une date proche de la mort de Paul, c’est-à-dire de 67. L’évocation qui y est faite du culte au Temple de Jésuralem permet de penser que la lettre a été rédigée probablement avant la destruction de celui-ci en 70. On a vu dans cet écrit un traité didactique plutôt qu’une lettre proprement dite. Le ton en est volontiers oratoire et la rupture qui se repère en XIII, 22-25 a conduit d’aucuns à faire de l’ensemble I, 1-XIII, 21 un sermon destiné aux réunions liturgiques et accompagné d’un billet (XIII, 22-25).
La plupart des exégètes pensent que les destinataires de la lettre sont des judéo-chrétiens. Son titre, qui à l’origine ne faisait pas partie de l’œuvre et qui est attesté en Orient dès le IIe siècle, est un argument en faveur de cette thèse. Les lecteurs sont plutôt étrangers à Jérusalem (Palestine, Asie Mineure, Rome peut-être). L’occasion de l’épître ressort de son contenu et de son intention: renforcer la foi des fidèles qui ont failli au point que certains ne participent plus au culte. Il semble que les déviations visées résultent d’une nostalgie très forte de la religion juive, dont l’auteur essaie de démontrer qu’elle n’a qu’une valeur relative.
Trois thèmes ont un relief particulier dans l’épître aux Hébreux: la parole de Dieu (I, 1-IV, 13); le sacerdoce du Christ (IV, 14-X, 18) et la vie chrétienne 19-XIII, 25). On insiste aujourd’hui sur les mots-crochets, les inclusions, les symétries qu’on peut rencontrer dans le texte.
La formule: «Nous avons un grand prêtre» (VIII, 1) rassemble assez bien l’enseignement de l’épître sur le Christ. Dans la tradition d’Aaron et de Melchisédech, le sacrifice du Christ ressemble aux sacrifices anciens, mais s’en différencie: le Christ, en effet, s’offre lui-même et «une fois pour toutes» (IX, 12, 26); il est ainsi le vrai sanctuaire (IX, 24). Sa supériorité est évidente: il assure la rédemption éternelle (IX, 12) et la purification des hommes (IX, 13-14), tout cela étant œuvre divine (II, 10).
La phrase: «Ainsi donc, frères saints, qui avez en partage une vocation céleste» (III, 1) résume la visée de tous les éléments parénétiques de la lettre. Par le sacrifice du Christ, l’homme a un intercesseur auprès de Dieu (IV, 16); le péché est aboli (X, 12), l’ennemi vaincu (II, 14) et la libération définitive obtenue (IX, 12). Le chrétien peut ainsi avoir part, dès à présent, au monde à venir. Ce «déjà-commencé» se réalisera pleinement et totalement plus tard, dans la cité future (XIII, 14), avec la seconde venue du Sauveur (IX, 28). On ne retrouve plus ici la dialectique entre la foi et les œuvres: l’insistance est mise sur la foi qui produit ses œuvres.
L’auteur de l’épître aux Hébreux, utilisateur des méthodes d’exégèse rabbinique et allégorique (à la manière de Philon), montre comment les Écritures se sont accomplies dans le Christ. La question de l’unité et de l’articulation des deux Testaments y est brillamment posée par le biais de vigoureux exercices.

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