ÉPHÉSIENS ÉPÎTRE AUX
Lettre de saint Paul cataloguée comme «épître de la captivité» et écrite par l’Apôtre tandis qu’il était prisonnier (III, 1; IV, 1; VI, 20) et entouré des mêmes compagnons que lorsqu’il rédigeait l’Épître aux Colossiens et l’Épître à Philémon. On serait porté à la dater de 61-63; mais bien des difficultés surgissent à ce sujet.
Les Éphésiens ne peuvent guère être les destinataires de cette lettre; Paul ne semble pas les connaître (I, 15; IV, 21), bien qu’il ait longtemps vécu à Éphèse. Dans la salutation initiale (I, 1), les mots «à Éphèse», omis par plusieurs manuscrits, constituent un problème textuel. Aussi a-t-on pensé (les catholiques étant plus réservés face à cette thèse) à l’Église de Laodicée (d’après l’Épître aux Colossiens, IV, 16, cette communauté avait reçu une lettre, perdue, de l’Apôtre).
L’authenticité de l’Épître aux Éphésiens est fortement discutée. Les données historiques qu’elle contient semblent reprises quasi littéralement de la Lettre aux Colossiens. Les deux écrits ont un style très semblable: développements liturgiques, syntaxe surchargée, abondance de synonymes, empreinte sapientale, etc.; et bien des développements de l’une et de l’autre sont d’évidents parallèles (par exemple, Éphésiens, I, 6 et 7 et Colossiens, I, 13 et 14; Éphésiens, II, 2 et 3 et Colossiens, III, 7). Face à ces données, quelques exégètes, peu nombreux, ont imaginé que l’Épître aux Éphésiens était une reprise paulinienne, plus vigoureuse, de l’Épître aux Colossiens. Pour d’autres, l’Apôtre aurait envoyé les deux lettres presque en même temps; d’autres encore accentuent la part des secrétaires dans la rédaction d’un second message. Dans certains milieux, on plaide en faveur d’un texte de la génération postapostolique: ce document serait une exhortation et une bénédiction habillées en lettre et destinées à la lecture cultuelle. Cela expliquerait la richesse frappante du vocabulaire paulinien de l’Épître, les affinités de celle-ci avec Qumran (affinités qui sont généralement sensibles dans la seconde génération chrétienne) et l’influence sur elle de la littérature de la sagesse, acheminement vers la gnose.
On peut diviser l’Épître en quatre parties. Elle commence par une adresse (I, 1 et 2). Ensuite, l’auteur présente l’Église comme l’aboutissement de l’œuvre divine (I-III): bénédiction sur le mode juif; exaltation du Christ tête de l’Église; passage de la mort à la vie, de la division à la réconciliation opéré par le Christ; réconciliation réalisée par l’Apôtre; prière d’adoration du Christ; doxologie. La Lettre comporte, en troisième lieu, une exhortation aux baptisés (IV-VI): édification et croissance de l’Église par l’action unificatrice des ministres; catéchèse primitive (rénovation spirituelle, vertus domestiques, combat spirituel). La Lettre se termine par des nouvelles personnelles et par un salut aux lecteurs (VI, 21-24).
Selon l’enseignement de cette Lettre, le dessein de Dieu, arrêté de toute éternité et demeuré voilé pendant des siècles, fut exécuté par Jésus-Christ, puis révélé à l’Apôtre et déployé dans l’Église. Sans que l’attente de la fin des temps ait disparu de son propos, l’auteur insiste, ici plus qu’ailleurs, sur le développement du croyant et sur celui du corps entier qu’est l’Église. Il semble que ses affirmations christocentriques se reportent sur l’Église, réalité universelle qui opère en Christ une réconciliation aux dimensions cosmiques. Ecclêsia ne désigne plus dans l’Épître aux Éphésiens les Églises particulières, mais l’Église dans son ensemble, qui est la plénitude du Christ (I, 23; III, 19; IV, 13).

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