CORINTHIENS IIe ÉPÎTRE AUX
La seconde épître aux Corinthiens fut écrite par Paul en l’an 57, tandis qu’il se trouvait en Macédoine, à Philippes probablement, et qu’il était sur le point de se rendre à Corinthe «pour la troisième fois» (XII, 14 et XIII, 1): en effet, en plus du premier séjour de l’apôtre à Corinthe, celui de la fondation, qui dura dix-huit mois, il y en eut un autre, vraisemblablement court (entre la Ire et la IIe épître aux Corinthiens); il y est fait allusion dans la IIe aux Corinthiens comme à une visite pénible (I, 23 et II, 3). Paul rappelle à plusieurs reprises (II, 3-9 et VII, 8-12) une lettre qu’il aurait écrite dans «une grande affliction et angoisse de cœur» et «parmi bien des larmes». Il ne peut s’agir de la Ire aux Corinthiens, mais d’une épître postérieure à celle-ci et provoquée par de récents événements (il y aurait donc eu au moins quatre épîtres aux Corinthiens: la lettre inconnue mentionnée en I Cor., V, 9; la Ire aux Corinthiens; la lettre écrite dans les larmes; la IIe aux Corinthiens).
En II, 5-10 et VII, 12 est évoqué un grave incident survenu à Corinthe; il serait à l’origine de la lettre écrite dans les larmes: un «offenseur» est aux prises avec un «offensé»; et le prestige de Paul en a été atteint. L’offenseur pourrait être un membre non identifiable de l’Église locale qui aurait bravé l’autorité d’un représentant de l’Apôtre; ou bien l’un des meilleurs partisans de Corinthe (pour certains, l’incestueux de I Cor., V, 1-13).
C’est avant de partir pour Corinthe et d’y sceller la réconciliation que Paul a écrit la IIe épître. On peut la diviser en quatre parties. Il est d’abord question de Paul, de ses relations avec la communauté de Corinthe (I, 1-VII, 16), de la modification du plan de son voyage: de Troas en Macédoine (le ministère apostolique avec ses grandeurs et ses servitudes), où Tite a rejoint l’apôtre. La deuxième partie traite de l’organisation de la collecte (VIII, 1-IX, 15): motifs de générosité; recommandation des délégués; bienfaits qui résulteront de la collecte. La troisième partie contient une polémique passionnée (X-XIII): défense contre les diffamateurs (accusations de faiblesse, d’ambition); éloge de l’Apôtre par lui-même; appréhensions et inquiétudes. Enfin, vient la conclusion (XIII, 11-13), qui correspond à l’adresse (I, 1-11).
L’authenticité de cette épître n’a jamais fait de doute. En revanche, le problème de son unité a fait couler beaucoup d’encre. Le passage VI, 14-VII, 1 fait question, car VII, 2 semble être la suite directe de VI, 13; aussi a-t-on parfois identifié ce passage avec la lettre inconnue qui est signalée en I Cor., V, 9. Il en est de même pour le bloc des chapitres VIII et IX sur la collecte: IX, 1 paraît ignorer tout ce qui précède; les motifs de générosité diffèrent. Certains ont vu dans le chapitre IX un billet rédigé pour les Églises d’Achaïe et inséré très tôt dans l’épître comme un parallèle au chapitre VIII. De plus, dans les chapitres X à XIII, le ton, sévère et cinglant, est difficilement conciliable avec le début de l’épître. Aussi y a-t-on vu la lettre écrite dans les larmes, parfois même une cinquième lettre aux Corinthiens.
La IIe aux Corinthiens est l’épître de l’apostolat. La formule d’union «en Christ» y est fréquente. Paul y associe l’action de l’Esprit saint et l’action du Christ à celle de Dieu. L’articulation centrale du message chrétien, la mort et la résurrection du Christ, est sans cesse mise en relation avec l’expérience et l’ensemble de la vie de Paul. La collecte permet d’assurer l’unité des diverses Églises: elle est signe de communion à travers les différences.
Cette lettre est la plus personnelle de Paul; rempli d’émotion, son ton effervescent s’explique par les événements qui viennent d’affecter l’Apôtre. Le style en souffre: il manque de cohérence et de clarté; on avance laborieusement au milieu d’allusions et de sous-entendus difficiles à comprendre. Mais on est là en présence d’une confession sincère et émouvante qui est regardée comme unique dans l’histoire littéraire.

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