COLOSSIENS ÉPÎTRE AUX
Lettre de saint Paul classée parmi les «Épîtres de la captivité». Elle est adressée à l’Église de Colosses (cité phrygienne), que l’apôtre n’a pas fondée lui-même et dans laquelle il ne s’est même jamais rendu (I, 4). C’est un de ses disciples, Épaphras (IV, 12), qui est à l’origine de cette communauté (tout comme de celles de Laodicée et de Hiérapolis).
Une crise au sein de l’Église de Colosses, dont il est difficile de déterminer la nature exacte, a provoqué cette lettre. Il semble qu’un mouvement ait visé à excéder l’idéal évangélique. On peut émettre à ce sujet deux hypothèses: d’une part (II, 8, 18, 23), celle d’une poussée gnostique à l’intérieur d’un judaïsme évolué où le culte exagéré des anges côtoyait un ascétisme très marqué et une spéculation philosophique ne s’appuyant pas sur la révélation (il est vrai qu’on ne rencontre pas dans cette Épître le repère classique du gnosticisme qu’est le dualisme); d’autre part, l’hypothèse d’une tendance essénisante ou paraessénisante (y apparaît, en effet, comme significative l’accentuation des observances: circoncision, prescriptions alimentaires, fêtes annuelles).
Pour la datation, plusieurs thèses sont avancées. La plus courante plaide pour la première captivité romaine (d’après IV, 3, 10, 18, Paul est en prison), c’est-à-dire pour 61-63. Mais, selon certains spécialistes, la rédaction de cette lettre se situerait au milieu du ministère de Paul, pendant son long séjour à Éphèse, c’est-à-dire en 54-57 (les tenants de cette thèse séparent l’Épître aux Colossiens et l’Épître aux Éphésiens, très semblables littérairement et pour cela souvent rapprochées; pour eux, la seconde ne serait pas paulinienne). Certains ont même opté pour la fin du Ier siècle et rattaché la lettre à la génération postapostolique (les perspectives eschatologiques s’étant estompées, on fait appel à l’autorité apostolique).
On trouve dans cette Épître: une adresse (I, 1-20), comprenant une liturgie épistolaire suivie d’une hymne christologique d’inspiration sapientiale; une évocation du ministère apostolique (I, 21-II, 5); une mise en garde contre les erreurs doctrinales (II, 6-III, 4), comprenant un passage polémique et une nouvelle louange du Christ; des exhortations (III, 5-IV, 6), énonçant des préceptes généraux (morale individuelle et collective, vie liturgique) et des préceptes particuliers (morale domestique, esprit apostolique, rapports avec les non-chrétiens); une conclusion (IV, 7-8).
Bien des termes pauliniens (tête, corps, pouvoir, sagesse, etc.) se retrouvent dans cette lettre avec un certain relief. Les notions de «haut» et de «bas», de «plérôme», etc. sont également accentuées. Le Christ prend une dimension cosmique: il a la plénitude de la vie divine et il règne sur le cosmos, ainsi que sur toutes les puissances célestes. L’Église est universelle: elle est un corps dont le Christ est la tête. Par le baptême, les chrétiens sont déjà morts et ressuscités avec le Christ: ils sont unis à lui comme à leur chef; cette union réclame qu’ils vivent comme les êtres nouveaux qu’ils sont devenus.

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